À propos de Sima Yari

Sima Yari et Najaf Daryabandari
Sima Yari et Najaf Daryabandari

Sima Yari est l’une des voix singulières parmi les modernistes de la poésie persane contemporaine. Ses premiers recueils ont paru dans cet ordre : Aftab Mahtab (Soleil, lune) en 1998, Kelagh Par (Corbeau vole) en 2000, Sadaf va Ghahveh (Coquillage et café) en 2003, et le long poème Kilid (La Clé) en 2005.

La première édition de Shabaneh (Nocturne) a paru aux éditions Amin Dezh. La quatrième édition de Sadaf va Ghahveh, en deux volumes, ainsi qu’un volume de nouvelles de la poétesse, Ghabl az Vagheh (Avant l’événement), ont paru aux éditions Mes et sont disponibles. Un recueil bilingue persan-anglais de ses poèmes traduits, Seadat (Bonheur), traduit par Najaf Daryabandari, a également paru aux éditions Mes.

Les recueils Sal-e Asal (L’Année de miel), Jodayi (Séparation) et Dast-e Akhar (En fin de compte, en quatre volumes) sont prêts pour la publication.

Tous les nouveaux poèmes de Sima — les recueils Shabaneh (2007), Cheshmak (2008), Sale Zanbagh (2009), Gandomzar (2010), Rowzaneh (2011), Sarsabz (2012), Hameh Golhaye Sorkh (2013–2014), Maani (2015–2018), Sahel-e Sheni (2018) et Zan (2019) —, ainsi que les deux livres Aftab Mahtab et Kelagh Par, sont disponibles en intégralité sur ce site.

Les poèmes simples de Sima…

La qualité la plus importante des poèmes de Sima Yari est leur simplicité. Or la simplicité est en soi une notion très complexe. Bien que de nombreux poètes contemporains en aient fait leur but, rares sont leurs œuvres restées dans les mémoires comme des réussites. La frontière entre simplicité et banalité (au sens de répétition et d’évidence énoncée) est si mince que le moindre faux pas rend vains les efforts du poète ou de l’écrivain. Dans l’œuvre de Sima Yari, on ne voit pas de telle erreur. Comme l’ont remarqué les critiques, si le regard aigu de cette poétesse se pose sur les événements les plus quotidiens, accessibles à tous, elle choisit et exprime ces scènes avec une acuité rarement vue jusqu’ici en littérature. Dans le très court poème « Bonheur », par exemple, les deux mots Diable et trahison portent habilement un sens nouveau.

Bonheur

Même après la mort
moi
je serai heureuse ici.
Ici, où nous
avons trahi
le Diable
et nous sommes aimés.

Bien que, dans ses quatre recueils publiés, cette poétesse évite les ornements rhétoriques traditionnels de la poésie, elle comprend les acquis du mouvement de la poésie persane moderne et cherche à les prolonger. Dans l’ensemble, on pourrait dire de Sima Yari qu’elle est une poétesse impressionniste. Pourtant ses images d’instants quotidiens semblent renfermer l’infini.

La présence de l’être humain est une réalité active qui se manifeste dans ces œuvres : un être qui agit et qui est agi, et qui se définit, et vient à l’existence, par cette relation. L’une des œuvres les plus importantes de cette poétesse est le long poème « Vision » du livre Kilid, dont l’étude devra attendre une autre occasion.

Malgré son audace dans le choix de thèmes neufs, Sima Yari avance avec prudence (voire avec retenue) dans le domaine de la langue. La langue est ici considérée comme un moyen de communication entre l’auteure et la société ; c’est pourquoi on ne trouve dans son œuvre aucune manipulation arbitraire de la langue.

Dans ce bazar chaotique d’expériences stériles de toutes sortes, cultiver une langue poétique simple et s’y tenir n’est pas chose facile. Mais il faut reconnaître que cette poétesse y est parvenue. Même un coup d’œil rapide sur les poèmes de Sima Yari révèle une voix neuve et indépendante de la poésie persane. Que cette présence charmante soit une bénédiction pour tous ceux qui aiment la poésie persane d’aujourd’hui.

— Najaf Daryabandari

Note manuscrite de Najaf Daryabandari

Une note sur les nouvelles d’Avant l’événement

J’ai cité un jour Ezra Pound : « La littérature, ce sont des nouvelles qui restent nouvelles. » En ce sens, Avant l’événement peut être considéré comme un bon livre. Il réunit dix-sept nouvelles. Dans toutes, l’auteure raconte l’histoire d’une génération « trempée », comme on dit, dans la fournaise d’un bouleversement profond, ou engagée malgré elle sur le chemin d’une trempe terrible. Ces récits ne sauraient sans doute plaire à tout le monde ; nous laissons aux lecteurs le soin d’en juger. Ce qui est remarquable, en revanche, c’est leur prose, qui peut, je crois, plaire à tous, parce qu’elle transmet au lecteur les couleurs et les odeurs, les sons et l’air, et les désirs communs des êtres humains. À un moment de la nouvelle « L’Accouchement… », lorsque le personnage principal, qui est aussi la narratrice, remonte du fond du désespoir et découvre soudain en elle la lumière d’un autre monde, le changement de son état est rendu avec tant de précision et de délicatesse qu’il force l’admiration.

Dans la prose de ces nouvelles, nulle acrobatie verbale. L’auteure prend l’écriture si au sérieux qu’elle ne gaspille jamais les mots pour le seul plaisir d’écrire, ni pour les artifices maladroits de la mode du moment. Les récits de Yari s’efforcent de montrer les personnes réelles d’une génération « dévouée », éprise du peuple, dans une période réelle de notre histoire. Si vous me demandez quelle est la tâche de la prose, je répondrai qu’elle en a deux, à mon sens : transmettre un sens et produire un effet. En ce sens, la prose de Yari a accompli sa tâche naturelle. La précision et la clarté du sens des mots, leur profondeur mesurée et l’importance du propos sont ce que l’auteure avait en vue. La langue de ces récits n’est pas « ampoulée » : pour dire ce qu’elle veut dire, elle recourt à la langue même dans laquelle les gens ordinaires — c’est-à-dire nous tous, apparemment — se parlent et communiquent, sans tomber dans la maladresse de la bouffonnerie. Aucun mot de ces nouvelles n’est vide de sens ; tous sont vivants et actifs. Autrement dit, Yari lève le rideau sur notre histoire contemporaine et emmène le lecteur prendre part à un événement important. Avant l’événement, de l’écrivaine contemporaine Sima Yari, est un livre captivant et très agréable à lire.

— N. D., 15 octobre 2007

Ce que la critique dit de Sima Yari

Le talent de Sima Yari est de créer un monde où les êtres humains ne cherchent ni à rivaliser ni à prouver leur supériorité les uns sur les autres, un monde où même les objets s’animent dans des relations humaines et amoureuses. (2003)

Dr Atefeh OliaeiProfesseure de littérature persane

Sima Yari préserve la musique et l’équilibre de ses poèmes. Elle a un regard précis et, bien que le terrain de sens de nombre de ses poèmes soit la vie ordinaire, elle a su trouver une langue simple, éloquente et accordée à ce terrain.

Les poèmes de Sima Yari forment un ensemble très varié de descriptions des multiples visages de la vie, dépeints avec une expression remarquable, avec précision et minutie — des visages de la vie ordinaire, de ses objets et de ses affaires, qui jusqu’ici n’étaient guère entrés dans le domaine de la poésie.

Ces œuvres annoncent la présence d’une poétesse audacieuse, au regard et à la langue indépendants.

Dr Taghi PournamdarianCritique, chercheur et professeur de littérature persane à l’Université de Téhéran — source : revue Zanan, n° 77

Madame Yari, j’ai visité votre page. Il y a un calme particulier dans la voix de la lectrice, dans la musique et dans le son des mots ; et pourtant le sens des mots et leur message éveillent chez le lecteur (ou l’auditeur) une tout autre ferveur. Autrement dit, votre œuvre unit à la fois une simplicité agréable et une complexité inquiétante, et c’est, à ma connaissance, une qualité rare.

Kamran TalattofProfesseur, Département d’études du Proche-Orient, Université de l’Arizona

Madame Yari est une poétesse iranienne accomplie, auteure de nombreuses publications. Sa poésie témoigne de la persévérance de l’esprit humain dans les circonstances les plus défavorables. C’est la voix d’une poétesse courageuse qui, malgré la domination masculine de la société dans laquelle elle vit, refuse de se taire. Madame Yari appartient à la riche tradition de la poésie féminine iranienne, dont Parvin Etessami et Forough Farrokhzad sont d’autres figures éminentes. Bien que ses poèmes soient liés au monde vécu de la société iranienne contemporaine et le reflètent, ils expriment une sorte de féminité universelle à laquelle chacun peut s’identifier, quelles que soient les différences de culture et de genre.

Shahrokh Haghighi, Ph.D.Département de philosophie, California State University, Long Beach

…Kilid (« La Clé ») de Sima Yari a été l’exemple le plus réussi d’un livre de poésie écrit par une femme. Comme beaucoup d’autres publications récentes, ce mince volume était accompagné d’un disque compact de l’auteure…

Britannica Book of the Year 2006Littérature persane